Quand viendra la saison nouvelle,

Quand auront disparu les froids,

Tous les deux nous irons, ma belle,

Pour cueillir le muguet aux bois;

Sous nos pieds égrenant les perles

Que l'on voit au matin trembler,

Nous irons écouter les merles

Siffler.

 

Le printemps est venu, ma belle,

C'est le mois des amants béni,

Et l'oiseau, satinant son aile,

Dit des vers au rebord du nid.

Oh! viens donc, sur ce banc de mousse

Pour parler de nos beaux amours,

Et dis-moi de ta voix si douce:

Toujours!

When the new season comes,

When the cold has vanished,

We will both go, my lovely,

To gather lily of the valley.

Gathering the pearls underfoot,

That one sees shimmering in the morning,

We will hear the blackbirds

Whistle.

 

Spring has come, my lovely,

It is the month blessed by lovers;

And the bird, preening his wing,

Speaks verse from the edge of his nest.

Oh! come now to this mossy bank

To talk of our beautiful love,

And say to me in your sweet voice:

"Always!"

Soulève ta paupière close

Qu’effleure un songe virginal;

Je suis le spectre d’une rose

Que tu portais hier au bal.

Tu me pris encore emperlée

Des pleurs d’argent de l’arrosoir,

Et parmi le fête étoilée

Tu me promenas tout le soir.

 

Ô toi, qui de ma mort fus cause,

Sans que tu puisses le chasser,

Toutes les nuits mon spectre rose

À ton chevet viendra danser.

Mais ne crains rien, je ne réclame

Ni messe ni De profundis;

Ce léger parfum est mon âme,

Et j’arrive du paradis.

 

Mon destin fut digne d’envie:

Et pour avoir un sort si beau,

Plus d’un aurait donné sa vie,

Car sur ton sein j’ai mon tombeau,

Et sur l’albâtre où je repose

Un poëte avec un baiser

Écrivit: Ci-gît une rose

Que tous les rois vont jalouser.

Open your eyelids,

Brushed by a virginal dream;

I am the spectre of a rose

That yesterday you wore at the dance.

You plucked me still sprinkled

With silver tears of dew,

And amid the glittering feast

You wore me all evening long.

 

O you who brought about my death,

You shall be powerless to banish me:

The rosy spectre which every night

Will come to dance at your bedside.

But be not afraid – I demand

Neither Mass nor De Profundis;

This faint perfume is my soul,

And I come from Paradise.

 

My destiny was worthy of envy;

And for such a beautiful fate,

Many would have given their lives –

For my tomb is on your breast,

And on the alabaster where I lie,

A poet with a kiss

Has written: Here lies a rose

Which every king will envy.